Categories
Français

Gangs de violeurs au Royaume-Uni, au-delà des attaques d’Elon Musk

Peut-être que Keir Starmer en est encore à espérer lui aussi que l’horreur disparaîtra d’elle-même. Cela n’a pas été le cas dans le passé, et cela semble encore moins probable maintenant qu’Elon Musk est de la fête.

Accusées d’inaction face à ce fléau après des crimes abjects, les autorités britanniques semblent paralysées par la crainte d’être soupçonnées de racisme.

🇬🇧 🇺🇸 This piece was originally published in French. Online translation services will translate it into English.

Les termes du jugement ne pourraient être plus crus :

« Vous, Mohammed Karrar, l’avez préparée à un viol anal collectif en utilisant une pompe pour élargir son anus. Vous l’avez soumise à un viol collectif par cinq ou six hommes. À un moment donné, quatre hommes l’ont pénétrée en même temps. Une balle rouge avait été placée dans sa bouche pour étouffer ses cris. »

Soit les mots prononcés le 27 juin 2013 par le juge Peter Rook, au moment de condamner Karrar à la prison à vie pour le viol d’une fillette de moins de 13 ans. Avant de pouvoir prétendre à une libération conditionnelle, Karrar devra purger une peine minimale de 20 ans.

Les atrocités commises par les « grooming gangs » (littéralement : gangs de rabattage) sont une tache sur la Grande-Bretagne, de celles que la bonne société progressiste a du mal à regarder en face. Même l’euphémisme choisi pour les désigner dissimule l’horreur. Qu’on ne s’y trompe pas. Il s’agit bien de groupes de violeurs majoritairement composés d’hommes d’origine pakistanaise qui, comme cibles principales, s’en sont pris à des jeunes filles blanches vulnérables et d’origine britannique.

Nous voilà donc bien loin de la norme pour qui serait persuadé que la « blanchité » est un privilège, tandis qu’appartenir à une minorité ethnique est automatiquement synonyme d’individus défavorisés. Dans l’histoire qui nous occupe, des hommes adultes ont été les privilégiés et leurs actes les preuves qu’ils se croyaient tout permis sur des jeunes filles défavorisées.

La crainte de mentionner l’origine ethnique des auteurs

Et rien de tout cela n’a été couvert sous le sceau du secret. Des villes comme Rotherham, Rochdale et Telford sont désormais tristement célèbres pour leur criminalité aussi révoltante qu’organisée. En 2023, la BBC rapportait que les agresseurs travaillaient souvent dans l’« économie nocturne ». Qu’ils étaient livreurs ou chauffeurs de taxi. Que cela leur permettait d’avoir accès à des filles qui sortaient tard et à des véhicules pour transporter leurs victimes.

Et il y eut également des enquêtes. Mais en a-t-on seulement retenu quelque chose ? En 2014, l’enquête indépendante sur l’exploitation sexuelle d’enfants à Rotherham n’allait pas être tendre envers certains hauts responsables de la police et de l’aide sociale à l’enfance qui « continuaient à penser que l’ampleur du problème, telle que décrite par les travailleurs sociaux, était exagérée ». Dans le même temps, sur le terrain, « le personnel semblait dépassé par le nombre de personnes impliquées ».

Ce rapport ne faisait pas non plus l’impasse sur la particularité de ces affaires.

« Plusieurs membres du personnel ont fait part de leur nervosité à l’idée de mentionner les origines ethniques des auteurs des faits, par crainte d’être catalogués comme racistes ; d’autres se sont souvenus de directives claires de leur hiérarchie leur enjoignant de ne pas le faire. »

l’enquête indépendante sur l’exploitation sexuelle d’enfants à Rotherham

Et peut-être parce qu’ils furent incapables d’admettre que les méfaits s’étalant sous leurs yeux étaient, eux, à l’évidence racistes, « certains conseillers se sont visiblement dit qu’il s’agissait d’un problème isolé, qu’ils espéraient voir disparaître de lui-même ».

Une ministre qui « mérite la prison », selon Musk

Mais le problème n’a rien eu d’isolé. Car si des groupes d’hommes en viennent à croire que leur origine ethnique les met à l’abri d’autorités paralysées par la peur d’être accusées de racisme, alors il est évident que certains agiront en toute impunité et que d’autres les imiteront. Que cela est accablant pour la société britannique. Quel échec retentissant de ce qu’il est désormais courant de promouvoir comme des grands principes d’équité, de diversité et d’inclusion.

Si le sujet des gangs n’a pas été caché – Karrar étant l’un des nombreux hommes à avoir été condamnés –, le fait est qu’il n’a jamais occupé le devant de la scène médiatique. Il est possible que les autorités aient été dépassées, préférant reléguer ces multiples problèmes dans un coin, dans l’espoir qu’ils finissent effectivement par se résoudre d’eux-mêmes.

Jusqu’à la semaine dernière. Elon Musk en a eu vent et, depuis le passage en 2025, il exprime sa colère sur X – la plateforme dont il est propriétaire. Avec plus de 211 millions d’abonnés, sa voix porte, et ces questions restées sans réponse ont soudain éclaté dans la conscience collective.

L’élément déclencheur semble avoir été le refus catégorique du gouvernement britannique de diligenter une enquête officielle sur les violences sexuelles commises sur des enfants à Oldham, une ville au nord de Manchester. Et c’est Jess Phillips, ministre chargée de la protection de l’enfance, qui a dû annoncer cette décision au conseil municipal d’Oldham. La réaction d’Elon Musk ? « Elle mérite la prison. »

Dans le même temps, Elon Musk a réclamé la libération de Tommy Robinson. Robinson, que NBC décrit comme un fraudeur patenté et dont le casier judiciaire comporte plusieurs faits de violence, est actuellement emprisonné pour outrage au tribunal. Certes, il a été parmi les premiers à dénoncer les fameux « grooming gangs », mais en 2018, il allait mettre en péril le procès d’un gang de Huddersfield par des agissements que deux juges ont qualifié d’« incitation à commettre des actes de vigilantisme ».

La nécessité d’une enquête publique et nationale

S’il faut respecter l’État de droit, alors Robinson ne peut être inclus dans l’équation. Pas plus que Musk, qui tape ses petites crises à distance. Certes, qu’il appelle à jeter Jess Phillips en prison est du pain bénit pour les médias, mais pour réellement avancer, il nous faut avant tout du calme et de la lucidité. Oui, certaines personnes en position d’autorité sont coupables d’avoir joué les autruches, mais il y a aussi des tas de Britanniques qui doivent ouvrir les yeux et comprendre qu’il n’est en rien raciste de dénoncer des groupes d’hommes – en grande partie d’origine pakistanaise – quand ils ciblent, manipulent et violent des jeunes filles blanches mineures, et que des mesures doivent être prises pour s’assurer que d’autres ne puissent plus jamais les imiter et jouir d’un tel sentiment d’impunité.

Il faut qu’une enquête publique et nationale soit lancée. Je ne crois pas qu’il faille se bercer d’illusions en pensant qu’elle résoudra quoi que ce soit à elle seule, mais elle est à même de rassembler les cas, les preuves et les témoignages en un même endroit, afin de commencer à en tirer des leçons.

Peut-être que Keir Starmer en est encore à espérer lui aussi que l’horreur disparaîtra d’elle-même. Cela n’a pas été le cas dans le passé, et cela semble encore moins probable maintenant qu’Elon Musk est de la fête. Le 20 janvier doit s’ouvrir le procès d’Axel Rudakubana, accusé du meurtre de trois petites filles dans un cours de danse à Southport l’année dernière. À l’époque, Elon Musk n’avait pas non plus mâché ses mots en surnommant Starmer « Keir à deux vitesses », en référence à la sévérité particulière avec laquelle la police aurait traité les émeutiers blancs.

Malgré l’impression qu’on pourrait en avoir sur X, les relations raciales sont vraiment loin d’être mauvaises au Royaume-Uni. Plein de gens d’origines ethniques diverses collaborent, travaillent ensemble et vivent côte à côte. C’est du moins ce que je peux observer dans l’ouest de l’Angleterre. Mais oui, les gangs de violeurs pourrissent toujours notre pays. Nous devons faire preuve d’honnêteté à leur sujet – en les désignant comme il se doit et en comprenant leurs causes. À commencer par celle-ci : le racisme n’est pas un problème réservé aux Blancs.


Par Debbie Hayton (traduction par Peggy Sastre)

Debbie Hayton enseigne la physique dans le secondaire, où elle est aussi syndicaliste. Journaliste et autrice, son dernier livre, Transsexual Apostate : My Journey Back to Reality, vient de sortir chez Forum Press. Vous pouvez la suivre sur X (ex-Twitter).

* Cette article a été publiée pour la première fois par Le Point le 9 janvier 2025 : Gangs de violeurs au Royaume-Uni, au-delà des attaques d’Elon Musk.

Debbie Hayton's avatar

By Debbie Hayton

Physics teacher and trade unionist.

Leave a comment