Des enfants soumis à des traitements lourds, sans effets positifs reconnus et sans connaître quoi que ce soit de leur nocivité à long terme. Et la scientifique qui l’a révélé aujourd’hui est obligée de se cacher pour sa sécurité.
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Le rapport Cass sur les services de soins liés au genre à destination des enfants et des jeunes est une commande du NHS, le système public de santé britannique, mais il devrait avoir des répercussions dans le monde entier. Le Dr Hilary Cass a passé quatre ans à enquêter sur le GIDS, une clinique du nord de Londres prenant en charge des enfants se disant angoissés par leur sexe. Son rapport final a été publié le 10 avril et ses conclusions sont accablantes.
À des jeunes, trop jeunes pour comprendre ce qu’être un adulte signifie, ont été prescrits des « bloqueurs de puberté » – de puissants médicaments autorisés pour traiter le cancer de la prostate et castrer chimiquement les délinquants sexuels – censés mettre leur développement en suspens le temps qu’ils choisissent de devenir des hommes ou des femmes. Si seulement la chose était aussi simple… La vérité, bien sûr, est que personne ne peut choisir son sexe. Pire encore, ce traitement était expérimental et n’avait jamais fait l’objet de recherches appropriées. À ce jour, ses effets à long terme demeurent inconnus.
On est stupéfait par le manque de curiosité des cliniciens. Dans son rapport, Cass consigne que le traitement ne semble pas aider, même à court terme. L’argument selon lequel les bloqueurs de puberté donneraient aux enfants « le temps de réfléchir » est ainsi démantelé quand il apparaît sans l’ombre d’un doute que « la grande majorité des jeunes qui commencent à prendre des bloqueurs de puberté passent […] à des hormones masculinisantes-féminisantes ».
Gagner du temps
Comme l’écrit Cass : « Rien ne prouve que les bloqueurs de puberté permettent de gagner du temps pour réfléchir et certains craignent qu’ils ne modifient la trajectoire du développement psychosexuel et de l’identité de genre. »
Dans le même temps, le rapport révèle qu’aucune preuve n’a pu être trouvée quant à une amélioration, par les bloqueurs de puberté, de la dysmorphie et de l’image corporelles des enfants. Et seulement des preuves « très limitées » de résultats positifs en matière de santé mentale. Sachant que même les bénéfi ces perçus pourraient être dus à un effet placebo, car aucune étude contrôlée n’a été menée.
En face, les potentiels effets dommageables sont terrifiants. Cass relève ainsi des risques pour « le développement neurocognitif, le développement psychosexuel et la santé osseuse à long terme ». La lacune d’études de suivi à long terme fait qu’on ne sait pas combien de patients en viennent à vouloir ensuite détransitionner, mais Cass indique que « les chiff res augmentent ».
Soit une situation proprement choquante. De jeunes individus ont donc été soumis à des traitements qui changent leur vie et provoquent des modifications permanentes et irréversibles de leur esprit et de leur corps, et qui pourraient bien les rendre stériles à vie – sans bénéfice apparent.
Avant même la publication du rapport, le NHS a décidé de cesser la prescription systématique des bloqueurs de puberté aux enfants. Comme l’institution le précise dans ses nouvelles directives : « Nous avons conclu qu’il n’y a pas assez de preuves étayant la sécurité ou l’efficacité clinique des PSH [hormones supprimant la puberté, NDLR] pour rendre le traitement systématiquement disponible à l’heure actuelle. »
Bien sûr, tous les enfants en détresse passant les portes du GIDS n’ont pas été jetés sur le tapis roulant des bloqueurs de puberté et des hormones, et beaucoup languissent encore sur des listes d’attente qui ne cessent de s’allonger. Mais la simple possibilité d’un élixir magique qui résoudrait tous leurs problèmes est susceptible d’avoir un eff et débilitant sur leur santé mentale. Les promesses faites et non tenues sont une cruelle punition pour des enfants à même de souff rir de moult comorbidités psychiatriques.
Politiques aveugles
Pourquoi tant de politiques, décideurs et médecins ont-ils défendu la réassignation sexuelle des enfants ? À mes yeux, il est évident que cette pratique est imprudente, dangereuse et inacceptable – et je suis une femme trans ayant eff ectué sa transition il y a 12 ans, soit quand j’avais 44 ans. Sauf qu’il est impossible de tracer une ligne droite, directe et claire entre les enfants et les adultes. Malgré le mouvement culturel qui a pu se développer autour de la transition et des identités de genre, ces traitements sont essentiellement cosmétiques. Si les adultes sont à même de consentir à toutes sortes de traitements modifi ant la façon dont ils sont perçus par les autres, les enfants, eux, doivent grandir.
Soit une vision que ne partage évidemment pas le lobby LGBTQ+. Pour les militants, nous avons tous une identité de genre qui, lorsqu’elle ne correspond pas au « sexe assigné à la naissance » (pour user de leur rhétorique), entraîne une dysphorie de genre. Certes, j’ai effectué une transition, mais je n’ai pas d’ « identité de genre » – mon transsexualisme est bien plutôt motivé par ma sexualité. En outre, mon désir ardent d’être ce qui ressemble à une femme est à mille lieues de celui d’une adolescente craignant d’en devenir vraiment une. Et, si je n’ai pas besoin d’une identité de genre, je ne vois pas pourquoi elle serait nécessaire à d’autres.
Les activistes ont cependant réussi à imposer leur volonté à la société. Trop de politiques et de décideurs ont fermé les yeux et préféré sous-traiter leur réflexion. L’influence exercée par des groupes tels que Stonewall au Royaume-Uni et Transgender Europe – financé en partie par la Commission européenne – est à la fois étonnante et profondément perturbante.
Quant à elle, le Dr Cass est une experte médicale de haut niveau. Désormais retraitée de la direction de l’école de pédiatrie de Londres, elle a aussi été présidente du Collège royal britannique de pédiatrie et de santé infantile. Mais, après avoir publié son rapport, elle s’est retrouvée sous le feu des critiques de gens préférant sans doute la pensée magique aux preuves médicales. Soit un environnement dangereux où dire la vérité, comme le courage, a des conséquences. Dans un entretien récent, Cass a ainsi révélé qu’on lui avait conseillé de ne plus prendre les transports en commun, par peur pour sa sécurité.
Et elle a eu également à batailler contre la désinformation qui s’est répandue sur les réseaux sociaux, dont une partie est même remontée au Parlement. Dawn Butler, députée, a ainsi déclaré à la Chambre des communes du Royaume-Uni : « Une centaine d’études n’ont pas été incluses dans le rapport Cass et nous devons savoir pourquoi. » Quoi qu’en pense Butler, de tels propos sont tout simplement faux. Cass a bien expliqué que les chercheurs avaient examiné toutes les études, mais qu’ils n’avaient inclus les résultats que de ceux de haute et de moyenne qualité, soit 60 articles sur 103.
Et c’est sans ambages que Cass a répondu à tous ceux qui voudraient mettre son travail sous le boisseau : « Si vous essayez délibérément de saper un rapport qui aura factuellement examiné des soins de santé dispensés aux enfants, c’est impardonnable. Ce faisant, vous mettez les enfants en danger. »
La médicalisation des enfants que la puberté et la perspective de grandir angoissent est un scandale. Le rapport Cass doit certes être lu, mais il doit aussi et surtout susciter l’action et la vigilance. Comme le pose Cass dans sa recommandation finale, il faut « un contrôle approprié et une gouvernance clinique pour éviter qu’en l’absence de preuves la pratique médicale en vienne peu à peu à glisser ». Les enfants ne méritent rien de moins.
Par Debbie Hayton (traduction par Peggy Sastre)
Debbie Hayton enseigne la physique dans le secondaire, où elle est aussi syndicaliste. Journaliste et autrice, son dernier livre, Transsexual Apostate : My Journey Back to Reality, vient de sortir chez Forum Press. Vous pouvez la suivre sur X (ex-Twitter).
* Cette traduction a été publiée pour la première fois par Le Point le 1 mai 2024 : Mineurs transgenres : pourquoi le rapport Cass provoque un tel scandale au Royaume-Uni ?